
C’est une piste technologique dont on parle peu en France, mais qui pourrait bien s’inviter dans les concessions d’ici quelques années. Fin août 2026, la presse spécialisée française a remis en lumière le D20 Methanol de Horse Powertrain, la coentreprise détenue à parts égales par Renault et Geely. Derrière ce nom technique se cache un prolongateur d’autonomie capable de recharger la batterie d’une voiture électrique en roulant, sans jamais entraîner les roues. Une réponse frontale à l’angoisse de la panne sèche électrique.
Le principe du prolongateur d’autonomie, ou REEV (Range Extended Electric Vehicle), déroute encore beaucoup d’automobilistes. Contrairement à une hybride classique ou rechargeable, où le moteur thermique participe à la traction, le REEV fonctionne comme une voiture 100 % électrique : seuls les moteurs électriques entraînent les roues. Le bloc thermique, lui, ne sert que de générateur embarqué. Il tourne à régime constant, dans sa plage de rendement optimale, pour produire du courant et alimenter la batterie.
Les avantages sont concrets au quotidien : on conserve la douceur, le silence et le couple immédiat de l’électrique, tout en supprimant la contrainte de la recharge sur long trajet. On roule en électrique pur en semaine, on fait le plein en quelques minutes pour partir en vacances. Sur le papier, c’est le compromis que beaucoup d’automobilistes attendent.
Le générateur imaginé par Horse Powertrain associe un quatre-cylindres 2.0 turbo spécialement conçu pour le méthanol et un moteur électrique à flux axial monté directement sur le vilebrequin, une architecture jusqu’ici réservée aux supercars. Les chiffres annoncés donnent le ton :
Traduit en langage d’automobiliste : un réservoir de taille raisonnable peut suffire à doubler, voire tripler, le rayon d’action d’une électrique compacte sans jamais s’arrêter à une borne de recharge.
Le choix du méthanol n’est pas anodin. Ce carburant liquide brûle plus proprement que l’essence, se stocke facilement et se distribue dans les infrastructures existantes moyennant des adaptations limitées. Il peut aussi être produit à partir de biomasse, de déchets ou de CO2 capté, ce qui ouvre la voie à un bilan carbone bien meilleur que celui d’un carburant fossile.
Mais il faut rester lucide. Aujourd’hui, l’essentiel du méthanol mondial est produit à partir de charbon ou de gaz naturel, principalement en Chine, où cette filière est déjà bien installée. Dans ces conditions, le bénéfice environnemental fond largement. En Europe, aucun réseau de distribution grand public n’existe pour le méthanol automobile, ce qui rend une commercialisation rapide très improbable de ce côté du continent. La technologie vise donc d’abord le marché chinois, où Geely est très implanté.
Des ONG comme Transport & Environment rappellent par ailleurs que les REEV restent des véhicules embarquant deux systèmes de propulsion, donc plus lourds et plus complexes qu’une électrique pure. Le gain réel dépend entièrement de la façon dont le conducteur les utilise : si l’on recharge rarement la batterie, la consommation grimpe très vite.
Le segment progresse, mais reste confidentiel dans l’Hexagone. En Europe, l’offre se limite pour l’essentiel à deux propositions : le Leapmotor C10 REEV, un SUV familial affichant près de 970 km d’autonomie combinée pour un tarif de lancement inférieur à 36 000 €, et le Mazda MX-30 R-EV, doté d’un moteur rotatif générateur. Les ventes de la catégorie ont toutefois doublé en un an, signe d’un intérêt réel.
Renault travaille de son côté sur une architecture à prolongateur d’autonomie destinée à la fin de la décennie, et Volkswagen n’exclut pas d’en proposer en Europe. Autrement dit, le D20 Methanol ressemble davantage à une vitrine technologique qu’à un produit imminent pour le marché français, mais il indique clairement la direction prise par les constructeurs.
Le prolongateur d’autonomie au méthanol ne remplacera pas la voiture électrique, et il ne débarquera pas dans les concessions françaises l’an prochain. Il illustre en revanche une réalité que les automobilistes ressentent déjà : le passage à l’électrique ne se fera pas d’un seul bloc, mais par une multiplication de solutions intermédiaires. Chez Attirance Auto, nous suivons ces évolutions pour vous aider à choisir la motorisation réellement adaptée à vos trajets — et à éviter de payer pour une technologie dont vous n’avez pas l’usage. Consultez nos guides d’achat et nos comparatifs pour faire le point avant votre prochain achat.